Résidences —

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Anne-Lise Broyer

Août, septembre 2019

Séjour 2 et 3
Notes d’un journal de travail…


Revenir dans un lieu comme ce Domaine, c’est retrouver son pas, son souffle.
C’est retrouver une cadence lente, celle qui permet d’observer le silence, vivre dans la nuance et capter les bruissements. Eugène Guillevic et Élisée Reclus m’accompagnent en chemin.
Les fougères
Ne regardent pas
Vers l'horizon.
(E.G.)
C’est vivre dans le temps du vert, du vers… le poème. Bernard Noël dans Une Machine à voir, un monde où le mental et le réel sont confondus de telle sorte que nous retrouverons l’immanence des choses.
Je cueille encore : bouquet troisième et quatrième, comme une collection. Je les regarde mourir et m’attache à ranimer par le dessin, la moindre feuille, le moindre pétale du premier.
Il s’agit de traduire une expérience du paysage, une déambulation dans un lieu ouvert, dans un espace clôt. Je compte mes pas et tente de ramener ces longues promenades à l’échelle du lieu d’exposition afin que l’amplitude de ces marches soient perçues, ressenties, vécues par le visiteur.
Chaque fougère
A son aventure.
(E.G.)

Frédéric Messager

Juillet, août 2019

Résider

Projeter l’atelier « hors sol », un point de chute dans l’étendue.

 

Traverser les espaces, mesurer les distances, éprouver le temps, attentif aux murmures des lieux, aux ombres équivoques, aux matières rencontrées.  

Percevoir par capillarité  un monde déjà commencé,  le déplacer dans l’atelier, le cristalliser au  travers de gestes et de formes pour nourrir les bords mouvants de mon travail.

 

Le temps se creuse par les actes :

 

Déployer des lignes croissantes, guider des coulures d’encre sur le papier,

froisser pour former, assembler des fragments de matériaux glanés çà et là, déchirer pour soustraire ou révéler.

 

Les tracés au stylo, les taches pigmentées manigancent les hasards d’un temps fondateur.

Ma cosmogonie se dessine dans des occurrences, dans des choix plastiques d’équivalences, entre maîtrise des outils et maladresse, combinaisons d’éléments graphiques habituels ou accidentels.

Mes interventions sur les surfaces affectionnent la répétition de traits, de motifs inconstants.

Les conjonctures rendent possible l’événement.

 

Chaque jour, mes dessins s’imaginent au loin.

Christophe Robe

Juillet, août 2019

Mon travail plastique pourrait s’énoncer comme la recherche, la découverte, - via les outils de la peinture et du dessin, et plus récemment la fabrication de micro sculptures - , de ma perception du monde. Sans peinture je suis en incapacité en quelque sorte à imaginer mon rapport au monde. En cécité.

 

 

En d’autres termes, quelle serait la représentation picturale possible de l'endroit, de l'espace mental et physique de ma relation au monde. Ou plus précisément, peut-être, comment rendre visible la trace mnésique de cet espace étrange entre moi et le monde, cet espace poreux, cette porosité même qui tisse inévitablement une relation faite d'imagination, de mémoire intime et culturelle, de frottement tant physique que mental avec ce et ceux qui m'entourent.

 

 

C’est à ce projet, fait de peinture sans projet, que je suis fidèle.

 

 

Christophe Robe

Juillet 2019

Anne-Lise Broyer

Avril 2019

Notes d’un journal de travail…
Kerguéhennec — Séjour 1

 

 

Être en résidence, c’est habiter un lieu… si ce lieu est une forêt, c’est habiter dans les arbres.
C’est donc habiter un dehors, une maison ouverte. Un abri, un refuge dans un monde abîmé. Ici le printemps ne s’est pas encore tu. Les oiseaux chantent encore alors qu’ailleurs « rien ne chante plus et tout est bien chantage. »
Aujourd’hui l’Europe bascule dans le brun, je veux croire au vert et la beauté des choses.
Dans les bois l'œil se perd, bute sur un tronc et retrouve l'ouverture d'un chemin, le plein cadre. L’œil se pose à l’horizon puis repart dans cette palette infinie du vert. Rousseau voulait « faire un livre sur chaque mousse des bois », Humbolt s’autorisait la combinaison de la science et de la littérature, il reliait « le lichen et la galaxie. »
C’est que tout compte infiniment.
Être en résidence, c’est être en retrait, à l’écart, c’est être dans son geste et seulement lui.
Je lis Nos cabanes de Marielle Macé, 80 fleurs de Zukofsky, Le détail du monde de Romain Bertrand, La machine à voir de Bernard Noël… « L’espace du regard, c’est le visible, mais cet espace n’est-il pas le pendant extérieur de celui que nous qualifions de mental ? »
J’ai cueilli ce matin des carottes sauvages :
« Guipure infiniment-herbeuse orbes embrasés yeux
illuminent capitules blancs plats dentelle
centres pourpres nombreuses petites fleurs (…) »
Zukofsky
Elles rejoindront le bouquet second, qui s’endormira comme le premier et pourrira. Le dessin leur rendra leur superbe, le désastre derrière, comme une plaie « pensée ».
...

Claudia Flammin

Novembre 2018

Claudia Flammin est une artiste chorégraphique en résidence deux semaines au Domaine de Kerguéhennec pour accompagner le début de la création d'un solo de la danseuse Lucia Citterio.

 

Basée dans le sud de la France, elle travaille sur les danses de lieux depuis de longues années autour desquelles elle a croisé le parcours de Lucia Citterio.

 

« Trouver du sens dans toutes les matières (traces subtiles, mémoires des balades, danses du paysage, textes de Beckett…) que Lucia a accumulées durant sa traversée dans le domaine, les explorer sur un plateau, en extraire une dramaturgie pour qu'elle puisse écrire ensuite la chorégraphie, est le beau travail que je suis venue faire à Kerguéhennec. »

 

 

Thomas Auriol

Octobre - Décembre 2018

 

" Je découpe et traite la peinture en surface pour produire des images étourdies. J’use d’effets séduisants jusqu’à amener la peinture à patiner par moment dans l’artificiel." Thomas Auriol

 

 

 

C’est autour de la question de la projection dans l’espace et sur la collision entre les degrés de perception que vient s’inscrire le travail de Thomas Auriol. À l’origine de l’élan primaire se trouve la matérialisation d’une image par des notes manuscrites ou graphiques dans un petit carnet. Portées au crayon de couleur, les différents éléments sont immédiatement soumis à des rencontres hasardeuses et intuitives. L’incorporation d’une première couche de peinture accentue le composant sensuel de l’assaut initial esquissé. L'utilisation récente de l'aérographe lui permet de dresser de nouvelles rencontres entre des entités plurielles. Les couches successives viennent définir l’ensemble du support où l’attention porte autant sur la trame que la lumière. Conscient de l’importance de chacun des états de composition, il appréhende le caractère transitoire de l’image par le montage de différents plans. Ces différentes phases de travail misent sur la plasticité de la peinture pour établir une mise en lumière d’un traitement de l’image qui rappelle la grammaire numérique. Ce rapprochement met à jour un territoire de filtres, de matières et de phénomènes où il n’est plus forcément question de représenter un objet, un paysage mais de l’envelopper et le parcourir. Thomas Auriol joue sur l’impasse productive du regard, en nous proposant une réorganisation visuelle qui montre sa position autour de la construction de la peinture et de la culture visuelle d’aujourd’hui.  
Texte rédigé par Alberto Arenillas

Thomas Schmahl

Octobre 2018

 

Thomas Schmahl est un réalisateur et artiste contemporain, il est en résidence deux semaines au Domaine de Kerguéhennec pour accompagner le travail de la chorégraphe et danseuse Lucia Citterio. Dans le cadre de cette résidence, ils vont ensemble réaliser une vidéo en dialogue avec les espaces naturels et les oeuvres du domaine.

Lucia Citterio

Septembre - Novembre 2018

" Durant cette résidence le corps est le principal outil de ma recherche.

Promenades / dérives sans but et direction précises, je crée des liens entre mon corps et les différents espaces du Domaine de Kerguéhennec.

 

Je me laisse pénétrer par le paysage en continuelle mutation, j’observe si et comment le paysage modifie la qualité de mon corps.

 

Expérimentation des actions liées au mouvement, je deviens partie du milieu sans prétention de suprématie ou domination et je m'observe bouger dans l’espace cherchant à rencontrer la danse à travers les lieux.

 

Miroir, carte sensorielle, corps-pensée.

 

Je danse le lieu.

 

Des traces subtiles et des mémoires resteront pour ceux qui croiseront mes déambulations et danses, et peut être pour ceux qui passeront après moi.

 

Le mot qui accompagne mes promenades, lectures et pratiques est vide.

 

VIDE: silence, ombre, pause, désert, disparition, absence, occupation, infini, vidange, fluidité, ruine, espace libre, plein.

 

La recherche pendant la residence pourra aboutir à la création d’un solo de danse et d’une video."

Manuela Marques

Septembre 2018

 

"Cette résidence au Domaine de Kerghennec est l’occasion, dans la continuité de mes recherches actuelles, de tenter de capter par l’intermédiaire de supports spécifiques,  différentes situations atmosphériques.

 

L’air, le vent, la lumière, l’eau, sont ainsi convoqués dans ce travail , le domaine devenant ainsi une sorte d’ observatoire, une station d’enregistrements des différents éléments éphémères qui le traversent. "

 

Léo Delarue

Juillet - août 2018

 

" Je me suis préparée à cette résidence en imaginant que j’irais marcher, marcher dans les bois, marcher le long de l’étang, que je trouverais des endroits où poser mon attirail, et que je pourrais dessiner ce que je vois. Dessiner en fouillant du regard un paysage complexe, dans lequel je serais immergée, que je verrais de l’intérieur, que je comprendrais aussi par la concentration et l’abandon dans la marche.

 

Que s’est-il passé ?

 

J’ai passé le plus clair de mon temps dehors.

 

J’ai marché, marché dans la forêt, marché le long de l’étang ; j’ai dessiné dans mon petit carnet, ces dessins de marche que j’affectionne particulièrement. J’avais du temps. Alors ce temps m’a poussé à regarder longuement, à stationner plus que je ne fais d’habitude dans mes carnets de marche. J’ai laissé venir cette envie de voir profondément, de m’aventurer outils en mains dans le paysage. Ce paysage alors devint intérieur, son organisation, sa structure devint organique. Le trait suit, ou ne suit pas, n’invente plus, le regard n’a pas de surplomb. Dedans, l’œil perçoit, capte, se perd, et se reprend, le geste s’abandonne puis se reprend lui aussi, la tension monte et se meurt. Le dessin révèle le temps en suspens, le geste qui ponctue.

 

Marcher quelque fois en me donnant un but, accélérer pour synthétiser et admettre la naïveté du résultat, son charme peut-être.

 

Accélérer encore pour resituer ce qui a déjà été fait, le geste s’emballe, la puissance se révèle là où le temps avait tout ralenti !

 

Courir sur le papier avec la lumière, s’effarer de ce qu’elle suggère puis cèle tour à tour, annihilant tout effort de saisir formes et situations. Les masses se perdent, les contours se dissolvent.

 

Il y a du noir, des traits, des forces, des gris diffus, des proches et des lointains, des coucous qui chantent dans la forêt profonde et font valser les fusains au bout du bâton.

 

Les travaux d’atelier sont différents, l’enjeu est tout autre.

 

De retour de la forêt, il s’agit de réinventer ce qui a été perçu, à la suite de ce qui déjà a été fait, des motifs ou des gestes. Sur de petits volumes en papier ou de grandes aquarelles, ce n’est pas la mémoire mais la sensation de présence de la terre, des feuilles sèches et des bois morts, des troncs et des feuillages, qui peut alors faire paysage. "